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15/05/2016

Le dessous des cartes de l’AS Monaco

Episode II

Pourquoi Rybolovlev a-t-il racheté le club monégasque en 2011 ? Après cinq années à la tête de l’ASM et à la lumière des piteux résultats sportifs et des multiples affaires troubles de l’oligarque, la question mérite d’être reposée.

Résumé du premier épisode

Après avoir fait fortune de manière trouble et caché son patrimoine sur des places offshore, Dmitri Rybolovlev est arrivé à Monaco en sauveur d’un club de foot en péril. Il portait tous les espoirs de la Principauté comme des supporters. Chacun pensait que l’oligarque réaliserait l’exploit de son compatriote Roman Abramovitch à Chelsea et ferait renaître le club de ses cendres. Cinq ans plus tard, il faut se rendre à l’évidence, l’aventure des russes à la tête de l’AS Monaco s’est muée en désillusion.

Le marché des transferts, la belle affaire…

Si les résultats sportifs ne sont pas au rendez-vous, il n’est pas certain pour autant que l’AS Monaco ne soit pas une affaire financièrement très rentable. Le milliardaire n’est pas un mécène, c’est un homme qui a le sens du business. Longtemps, les journalistes spécialisés ont spéculé sur les raisons des dépenses somptuaires du milliardaire dans le club. La raison la plus souvent évoquée était que les millions investis avaient pour motif principal de plaire au Prince afin d’obtenir un passeport monégasque. Muni de ce document, le patrimoine de Rybolovlev aurait pu échapper à la justice suisse qui traquait ses avoirs dans le cadre de son divorce. Mais jusqu’à ce jour, le Prince Albert II n’a jamais consenti à lui octroyer la nationalité monégasque. Pourquoi ? Mystère.

Pourtant, dès son arrivée à la tête du club, Rybolovlev a mis les moyens et s’est lancé dans une politique massive et coûteuse d’achat de joueurs de renommée internationale. La presse s’extasiait : « Dmitri Rybolovlev arrose l’AS Monaco de millionsi » ! Puis très vite, il les a revendu un par un. Les médias déchantent : « A Monaco, la fin du mirage Rybolovlevii »

Combien Rybolovlev a-t-il investi dans l’AS Monaco, c’est encore un mystère total. Certains journaux évoquent une somme de 135 millions, d’autres de 350 millions d’euros. Un gigantesque gap… Il en est de même pour le prix des joueurs. Officiellement Falcao a été acheté à Madrid 60 millions d’euros, en réalité, l’AS Monaco n’a déboursé que 43 millions. Où sont donc passés les 17 millions restants, s’interroge le Figaroiii ?

De son côté Nice Matin juge que le club a fait de très bonnes affaires en revendant les sportifs : 100 millions de bénéficeiv ! En réalité, le marché des transferts est si opaque que personne ne peut avoir une image précise, claire et transparente des mouvements de fonds. Comme l’a révélé l’excellente enquête des Inrocksv : « En moins de quinze ans, le foot business est devenu l’un des marchés les plus dérégulés de la planète, représentant 5 milliards d’euros de chiffre d’affaires en France et 400 milliards dans le monde. » écrit le journal, qui révèle également que les transferts de joueurs se font par l’intermédiaire de fonds domiciliés dans les paradis fiscaux. Un sujet que Rybolovlev connaît sur le bout des doigts puisque l’intégralité de son patrimoine est placée dans des trusts et des sociétés écrans sur des places offshore. L’AS Monaco serait-il devenu un simple véhicule financier permettant des transferts financiers illicites, un rideau couvrant en réalité un réseau de blanchiment ?

Du Portugal à Monaco

Cette question n’est pas anodine et intéresse au plus haut point la brigade financière d’Europol après le démantèlement d’un vaste réseau criminel lié à la mafia russe opérant dans un club de foot portugais, la Unia Leiriavi.

Les méthodes employées par son dirigeant, le russe Alexandre Tolstikov, sont parfaitement similaires à celles utilisées depuis l’arrivée de Rybolovlev et de son ami Vadim Vasilyev aux commandes du club monégasque. Dans son rapport publié après l’arrestation de Tolstikov et de ses complices, Europol dénonce le marché des transferts comme principale moyens de blanchiment d’argent sale : « la grande portée des transactions financières, les flux monétaires transfrontaliers, et les insuffisances en matière de gouvernance permettent aux clubs de blanchir de l'argent sale, généralement via la sur- ou sous-évaluation des joueurs sur le marché des transferts. »

Il était temps que la police européenne se penche sur ce sujet qui commence à faire couler beaucoup d’encre. Il serait temps aussi que la Principauté s’intéresse de près aux comptes de son club et que Tracfin regarde d’un peu plus près le dessous des cartes de l’AS Monaco.



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