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04/11/2016

La curieuse identité de Georgi Bedjamov

Georgi Bedjamov est un homme qui ne s’embarrasse pas d’états d’âmes. C’est pour cela, sans doute, qu’il s’est établi à Monaco après avoir assisté, ou causé, la banqueroute de la Vneshprombank, une banque russe dont il était propriétaire avec sa sœur, Larisa Markus. En fuyant à Monaco où il retrouvait son acolyte Dmitry Rybolovlev, il laissait alors une dette de plus de 2,7 milliards d’euros, une cagnotte que des centaines de milliers d’épargnants ne reverront jamais. Mais peut-on avoir confiance en quelqu’un qui falsifie son nom pour éviter que l’on remonte dans son arbre généalogique ? S’il s’agit d’une lettre en moins, ce V peut donner une image différente de l’homme policé et bien mis que l’on croise aux alentours du Rocher. Georgi Bedjamov, s’appelle en réalité Bedjamo. Un nom qu’il a souhaité voir changé après que son père, Alexandre (dit Avdysh, "Alik l'Assyrien ou "Alik la Bête") ait été assassiné le 5 août 1995 à la terrasse d’un café moscovite par la bande dite "Orekhovskaya. Cette bande n’a pas frappé par hasard.


Si Alik était appelé "l’Assyrien", c’est parce qu’il faisait partie de la communauté assyrienne de Russie qui se distingue dans le monde du crime par une organisation très familiale et dénuée de structures strictes. Même si les sources ne concordent pas sur ce point, on peut sans peine penser qu’Alik était leader ou membre influent d'une bande réputée contrôler les revenus des casinos de Moscou. Cette équipe de malfrats aurait débuté ses activités criminelles en cambriolant des appartements. Elle « proposait », en outre, sa "protection" à des nettoyeurs de chaussures et autres vendeurs de viande, une des spécialités de la communauté assyrienne.


Au milieu des années 1990, les affaires deviennent juteuses. Alik et ses comparses décident de diversifier leurs activités vers le commerce des revenus de casinos mais aussi du pétrole, d'armes et de drogue. Le matelas financier et l’importance des connexions du réseau mafieux ont-ils provoqué la suite ? Difficile à dire. Toujours est-il que, malgré l’assassinat de leur père en 1995, Larisa Markus et Georgi Bedjamov lancent, la même année, la Vneshprombank - acronyme pour Foreign Economic Industrial Bank (VPB). Si les motivations de cette création bancaire sont floues, on sait qu’à l'époque Larisa était déjà admirablement entourée en Russie. Tellement bien entourée d’ailleurs qu’elle n’hésitait pas à faire entrer au conseil d'administration de la VPB une certaine Elena Lirina, femme d’un député influent, ainsi que Georgi Boos, alors ministre des impôts. On ne prête décidément qu’aux riches.

02/11/2016

Les plus-values de Dmitry Rybolovlev qui détruisent sa défense

Dans la liste des transactions d’art les plus spectaculaires, la vente du Serpents d’eau II de Gustav Klimt tient son rang. Dmitry Rybolovlev, le président de l'AS Monaco, a en effet récemment cédé le tableau du symboliste autrichien à une avocate hongkongaise, pour pas moins de 200 millions de dollars. Une fois de plus, les aléas du marché de l’art mettent l’art lui-même en deuxième, voire en dernier plan, et changent les œuvres en prétextes marchands, voire guerriers.

La nouvelle prend d’abord une place toute particulière dans l’affaire judiciaire mondiale qui oppose l’oligarque russe au suisse Yves Bouvier, puisqu’elle discrédite totalement Rybolovlev et la ligne de défense à laquelle il s'accroche depuis février 2015. En effet, ce dernier effectue un bénéfice plusieurs millions de dollars à la vente, alors qu’il clame avoir été lésé sur la valeur d’achat par la marchand genevois. Mais aussi, l’acquisition de l’œuvre par l’avocate Rosaline Wong replace la transaction dans un contexte mafieux d’échelle internationale.

On sait la proximité, si ce n’est l’appartenance, de Dmitry Rybolovlev avec la mafia russe, qui l’avait aidé dans les années 90 à acquérir Uralkali (société qui avait fait sa fortune). On savait aussi que des liens l’unissaient avec l’oligarchie malaisienne impliquée dans l’affaire 1MDB — affaire qui concerne le détournement de 4 milliards de dollars. On découvre maintenant que le magnat russe marchande avec le milieu hongkongais incarné par Joseph Lau, pour qui l’avocate acquéreuse du tableau travaille depuis vingt ans. Notons que Lau est impliqué, tout comme Rybolovlev qui a même été condamné pour complicité de meurtre, dans plusieurs affaires de corruption et de détournement. Après avoir offert 2 millions de dollars pour faciliter la construction d’un casino à Macao, le hongkongais est reconnu coupable de corruption sur un agent de l’État et condamné à 5 ans et trois mois de prison. Aujourd’hui, il ne doit sa liberté qu’aux conditions d’extradition impossibles depuis Hong-Kong.

Avec cette nouvelle relation sulfureuse, Dmitry Rybolovlev sape encore lui-même son dossier dans l’affaire qui l’oppose au marchand d’art Yves Bouvier ; celui-là même qui, il y a encore trois ans, bataillait pour lui dénicher le tableau de Klimt.

19/10/2016

ASM contre CSKA : l’absence remarquée de Rybolovlev à Moscou

Fait absolument inhabituel, le Président de l’AS Monaco ne s’est pas rendu à Moscou pour assister au match de son club contre le CSKA. Le landerneau s’interroge : l’oligarque aurait-il peur de retourner sur sa terre natale ? Pourquoi : son passé chargé risquerait-il de le rattraper ?

 

Pour Rybolovlev, ça sent le roussi en Russie…

Pourquoi l’oligarque n’a-t-il pas fait de déplacement à Moscou pour assister, comme il le fait toujours, aux matches importants de l’AS Monaco contre le CSKA ? Cette absence questionne à juste titre. Les relations de Dmitri Rybolovlev avec le Kremlin depuis l’arrivée de Vladimir Poutine au pouvoir n’ont jamais été bonnes. Le Président russe n’affiche aucun respect pour ces oligarques qui ont ruiné son pays pendant la période Eltsine, néanmoins le Président de l’AS Monaco retournait régulièrement sur la terre-mère sans jamais être inquiété. Mais la situation paraît s’être beaucoup dégradée. Le 5 octobre dernier, Vladimir Poutine a ordonné de vérifier la conformité d’Uralkali avec la législation. En clair, le Président russe veut rouvrir le dossier de l’accident survenu dans la ville de Berezniki, en 2006, époque où le Président du groupe de potasse Uralkali s’appelait Dmitri Rybolovlev ! Les habitants de la région de Perm continuent à subir les conséquences de la catastrophe écologique qui s’est produite dans la mine numéro 1 d’Uralkali. Si pendant les dix années écoulées les autorités russes avaient, plus ou moins, fermé les yeux sur la responsabilité personnelle de l’oligarque cette époque est révolue. En effet, des documents prouvant son implication directe dans ce qui est appelé « le deuxième Tchernobyl » ont opportunément fuité dans la presse moscovite.

Mais ce n’est pas la seule affaire qui sonne le glas de l’oligarque en Russie. Un autre dossier, vieux de 20 ans, refait surface : celui de l’assassinat d’Evgueni Panteleymonov. Un meurtre qui avait envoyé Dmitri Rybolovlev derrière les barreaux dans la prison de Perm pendant 11 mois avant de ressortir miraculeusement blanchi par son principal accusateur et la veuve de la victime. Mais une fois encore, des éléments du dossier pénal ont fuité dans la presse russe et ils sont terribles pour le patron de l’AS Monaco : « Au mois d'août 1995, Rybolovlev D.E., sans posséder de licence correspondante, s'est procuré, auprès d'une personne inconnue et dans un endroit inconnu, 2 pistolets de système TT dont un pistolet étant le TT numéro BM 07419 de calibre 7.62 mm. Au mois d'août 1995, Rybolovlev a conservé et porté ces pistolets avec leurs munitions puis, près de l'immeuble situé au 64 rue Lénine à Perm, les a transmis avec leurs munitions à Lomakine O.G. afin que ce dernier les utilise pour l'exécution de l'assassinat prémédité de Panteleymonov E.N.»  

La résurgence de cette vieille affaire n’est pas anodine d’autant qu’elle est concomitante avec la réouverture du dossier Uralkali qui a eu lieu le 5 octobre 2016. Cette date n’est, sans doute, pas fortuite non plus. Le 6 octobre le Prince Albert de Monaco était reçu en grande pompe au Kremlin. Connaissant la diplomatie russe, il parait impensable qu’elle n’ait pas informé Monaco de la réouverture de l’enquête concernant le Président de l’AS Monaco à la veille de la réception. Il paraît impensable également que le dossier « Rybolovlev » n’ait pas été mis sur la table lors de la rencontre des deux chefs d’Etats. La mauvaise nouvelle pour l’oligarque est qu’Albert II ne s’est pas opposé aux poursuites… A la lumière de ces éléments l’absence du Président de l’AS Monaco le 18 octobre à Moscou paraît justifiée. L’ancien Président d’Uralkali a joué la prudence, il connaît déjà les geôles russes !