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06/03/2017

Arnaud Ramsay sur le banc de touche…

Arnaud Ramsay, aurait été privé de télé en 2016, après avoir déposé une plainte contre Cyril Hanouna. A l’époque, c’était la thèse du Canard Enchaîné selon laquelle  I-Télé et le groupe canal plus boycotteraient ce journaliste sportif. Mais ce qui se dit en coulisses est bien différent : ses confrères ne lui font plus confiance à cause de ses pratiques si peu journalistiques. Le livre qu’il vient de signer sur le président de l’AS Monaco en est-il la démonstration ?

Ramsay à Skorpios

Après avoir été le journaliste, l’homme de confiance et le biographe d’Anelka, Arnaud Ramsay touche le sommet en publiant un livre tout à la gloire de l’oligarque russe Rybolovlev. Le titre parle pour lui «  Rybolovlev le roman russe du président de Monaco ». La dernière de couverture aussi : « cet essai biographique reconstitue la saga épique de ce personnage timide déterminé et mystérieux. Il dissèque son destin hors du commun-. Une enquête d’autant plus complète, que pour la première fois, Dmitry Rybolovlev a accepté de lever le voile et de se confier. » Il eut été étonnant que le président de l’AS Monaco ne reçoive pas un garçon aussi affable et dévoué. Pourtant, la main sur le cœur, le journaliste « indépendant » le jure, il a réalisé une enquête, il a travaillé comme un forcené et « de la façon la plus équilibrée possible. »  Tellement équilibrée que l’oligarque a invité Arnaud Ramsay à venir le rencontrer chez lui, sur son île de Skorpios qu’il a achetée à la nièce d’Onassis ! Et pour le remercier de cette sollicitude le journaliste en fait des tonnes : « Je vais rester trois heures face à Rybolovlev. Je le découvre en jogging, pas rasé et il se livre. Il a répondu à toutes mes questions, sur son divorce, sa vie, son passage en prison, son enfance, sa fortune. Il n'a éludé aucune question, même sur son emprisonnement pendant onze mois. [...] C'est un homme qui fuit les médias car il n'a rien à vendre ». La partie de lèche-bottes est tellement osée que le lecteur en reste pantois.  Au passage, Ramsay oublie de dire de quelle manière il est arrivé sur cette île sécurisée par les gardes-côtes grecs. En jet privé mis à sa disposition ?  


La mauvaise presse


Les Français n’ont plus confiance dans leurs médias, six sur dix estiment que les journalistes ne résistent pas aux pressions des partis politiques et du pouvoir ni aux pressions de l'argent. Et ce n’est pas avec le roman russe du président de l’AS Monaco que les indices repartiront à la hausse. Quel honnête homme peut croire ce genre de balivernes ? Il est de notoriété publique que Dmitry Rybolovlev est un personnage sulfureux, il n’y a pas seulement cette histoire de meurtre qui lui colle aux basques, il y a également la manière dont il a acquis sa fortune dans les mines de potasse en s’alliant avec la mafia de l’Oural. Mais de cela Ramsay, n’en parle pas, comme il ne parle pas de la catastrophe écologique de Berezniki dont l’oligarque est entièrement responsable, ce qui lui vaut, par ailleurs, les foudres du Kremlin. Alors bien sûr, il revient sur le scandale Football leaks, mais c’est pour mieux dédouaner Rybolovlev et quid des Panama Papers ? Ce journalisme laudateur tue le journalisme mais pas les finances d’Arnaud Ramsay. Dans ces conditions, n’est-il pas normal que l’auteur d’un tel ouvrage soit mis sur la touche par ses confrères ? Faut-il s’en étonner ? Ou se satisfaire qu’il reste encore quelques professionnels qui sachent trier le bon grain de l’ivraie.

20/01/2017

Rybolovlev dans la tourmente de Football leaks

Et revoilà Rybolovlev au centre d’un scandale… Qui peut s’en étonner? Chaque fois qu’une affaire planétaire éclate, des Panama Papers à Football leaks, le nom du Président de l’AS Monaco surgit. Pourtant, aussi incroyable que cela puisse paraître, il reste aux manettes de son club et de ses myriades de sociétés, comme si rien ni personne ne pouvait l’atteindre.

Des joueurs à la découpe…
Une nouvelle fois c’est le journal en ligne Mediapart, en collaboration avec le consortium européen d’investigation, qui sort l’affaire, le 21 décembre 2016. Comme une sorte de cadeau de Noël offert aux fans du ballon rond, histoire de leur dire qu’ils n’applaudissent pas seulement les exploits des joueurs, mais également ceux des escrocs de toutes espèces qui sévissent dans ce sport pas si noble. Ce n’est pas une surprise mais la confirmation est de taille. Au menu de ses révélations fraudes, évasions fiscales, prostitution, connexions mafieuses, jusque-là rien de très nouveau sous le soleil. En revanche ce qui laisse un goût très amer, presque jusqu’à l’écœurement, c’est la vente, la revente, les cessions, de jeunes joueurs tout juste sortis de l’enfance, à la découpe. En termes techniques cela se nomme TPO (pour third party ownership), en clair et en français les joueurs sont propriétés de tiers, une sorte de titrisation de la personne humaine, les footballeurs sont découpés en parts et chacune d’elles peut être vendue à un tiers autre que son club. Le Président de l’AS Monaco, associé au super agent portugais Jorge Mendes, est passé maître en la matière. Selon Mediapart: «L’oligarque russe Dmitri Rybolovlev disposait d’un fonds d’investissement qui achetait en secret des parts de joueurs. Certains sont passés par son club malgré le risque de conflit d’intérêts. Le tout en partenariat avec Jorge Mendes, qui a encaissé 6.85 millions d’euros grâce à ces opérations douteuses.» C’est ainsi, toujours selon le quotidien en ligne, que Fabinho, le joueur brésilien de 19 ans, propriété à 97 % (!) de Jorge Mendez, a appris du jour au lendemain qu’il était vendu au club portugais, Rio Ave.

Les nouveaux esclavagistes et les paradis fiscaux
Bien entendu, ces esclavagistes des temps modernes ne cachent pas leurs magots sous leurs matelas, ils les planquent dans les paradis fiscaux. Et comme par hasard, le nom de Chypre est une nouvelle fois associé à celui du Président de l’AS Monaco. Le fonds d’investissement dans lequel il place les «parts de ses joueurs» s’appelle Browsefish limited et est, bien entendu, domicilié dans cette île où l’oligarque dispose déjà de nombreuses sociétés écrans qui lui ont permis, dans un passé pas si lointain, de soustraire de nombreux actifs à son ex-épouse dans le cadre de son divorce.

La tête ou les jambes?
Que fait Tracfin? Que fait la brigade financière? Que fait la FIFA? Que fait la FFA? Rien. Ces procédés honteux et illégaux continuent de prospérer même après que l’affaire soit connue et ait été dénoncée dans les médias. Le Président de l’AS Monaco est-il inquiété? Non. Le Prince Albert si ardent défenseur des sports en général et de l’écologie a-t-il tapé du poing sur la table ? Non. Roulez jeunesse, le business continu, tu veux combien de Fabinho, 10, 20, 30 %? Tu prendras la tête ou les jambes? Pour un joueur de foot, je préfère les jambes! Le cynisme de notre monde n'a plus de limite.

04/11/2016

La curieuse identité de Georgi Bedjamov

Georgi Bedjamov est un homme qui ne s’embarrasse pas d’états d’âmes. C’est pour cela, sans doute, qu’il s’est établi à Monaco après avoir assisté, ou causé, la banqueroute de la Vneshprombank, une banque russe dont il était propriétaire avec sa sœur, Larisa Markus. En fuyant à Monaco où il retrouvait son acolyte Dmitry Rybolovlev, il laissait alors une dette de plus de 2,7 milliards d’euros, une cagnotte que des centaines de milliers d’épargnants ne reverront jamais. Mais peut-on avoir confiance en quelqu’un qui falsifie son nom pour éviter que l’on remonte dans son arbre généalogique ? S’il s’agit d’une lettre en moins, ce V peut donner une image différente de l’homme policé et bien mis que l’on croise aux alentours du Rocher. Georgi Bedjamov, s’appelle en réalité Bedjamo. Un nom qu’il a souhaité voir changé après que son père, Alexandre (dit Avdysh, "Alik l'Assyrien ou "Alik la Bête") ait été assassiné le 5 août 1995 à la terrasse d’un café moscovite par la bande dite "Orekhovskaya. Cette bande n’a pas frappé par hasard.


Si Alik était appelé "l’Assyrien", c’est parce qu’il faisait partie de la communauté assyrienne de Russie qui se distingue dans le monde du crime par une organisation très familiale et dénuée de structures strictes. Même si les sources ne concordent pas sur ce point, on peut sans peine penser qu’Alik était leader ou membre influent d'une bande réputée contrôler les revenus des casinos de Moscou. Cette équipe de malfrats aurait débuté ses activités criminelles en cambriolant des appartements. Elle « proposait », en outre, sa "protection" à des nettoyeurs de chaussures et autres vendeurs de viande, une des spécialités de la communauté assyrienne.


Au milieu des années 1990, les affaires deviennent juteuses. Alik et ses comparses décident de diversifier leurs activités vers le commerce des revenus de casinos mais aussi du pétrole, d'armes et de drogue. Le matelas financier et l’importance des connexions du réseau mafieux ont-ils provoqué la suite ? Difficile à dire. Toujours est-il que, malgré l’assassinat de leur père en 1995, Larisa Markus et Georgi Bedjamov lancent, la même année, la Vneshprombank - acronyme pour Foreign Economic Industrial Bank (VPB). Si les motivations de cette création bancaire sont floues, on sait qu’à l'époque Larisa était déjà admirablement entourée en Russie. Tellement bien entourée d’ailleurs qu’elle n’hésitait pas à faire entrer au conseil d'administration de la VPB une certaine Elena Lirina, femme d’un député influent, ainsi que Georgi Boos, alors ministre des impôts. On ne prête décidément qu’aux riches.