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07/10/2016

Le Président de l'AS Monaco bientôt derrière les barreaux?

Avis de tempête pour Dmitry Rybolovlev: retour du passé, enquêtes sur Uralkali, le radeau de l'oligarque aux mains sales prend l'eau de toutes parts… L'heure des comptes a-t-elle sonné pour le vautour de l'Oural?

Vivant sans partage du fruit de ses rapines, le président de l'AS Monaco Dmitry Rybolovlev se pensait à l'abri des revers de fortune, coulant des jours heureux dans sa résidence ultra-protégée à Monaco ou sur son île interdite à la navigation de Skorpios. C'était sans compter le retour de bâton d'une époque qu'il croyait oubliée, celle du capitalisme sauvage des années 1990 à Perm en Russie, qui l'a vu accumuler un capital extraordinaire, entre prises de majorité frauduleuses dans les fleurons de l'industrie soviétique et assassinats de rivaux gênants. Celle des connexions mafieuses, qui lui évitent la prison pour meurtre et lui assurent la réussite sociale des nouveaux riches dans tout ce qu'elle a de plus repoussant. Celle aussi de la gestion catastrophique, pour ne pas dire criminelle, des mines de potasse d'Uralkali à Berezniki, dont l'effondrement dans la catastrophe de 2006 a occasionné des milliers de sans-abris, tandis que leur propriétaire se vautrait dans le luxe le plus inouï à Gstaad ou Monaco. Cette année-là, des gouffres immenses s'étaient formés et avaient emporté des quartiers entiers de la ville de Berezniki située en-dessus des mines. Non content de ne pas avoir investi un seul centime en Russie après l'avoir pillée de la pire des façons, Dmitry Rybolovlev avait alors assuré le service minimum pour la gestion de l'après-catastrophe, se contentant de faire le dos rond devant les autorités scandalisées par l'incurie du rapace de Perm, et profitant de la première occasion pour vendre l'entreprise, empochant au passage plus de cinq milliards de dollars.

En effet, le paranoïaque russe, connu pour son obsession de la sécurité et son aversion du risque, savait qu'il risquait gros en Russie, car poussé par son avarice légendaire il avait rogné sur les travaux de réfection et d'entretien des mines, et y était pour beaucoup dans la catastrophe de Berezniki. Il s'était donc empressé de se débarrasser de la patate chaude tant qu'il s'en trouvait preneur. Lors d'une conférence de presse, le Ministre russe de la gestion des catastrophes naturelles de l'époque Serguei Choïgou n'avait-il pas alors fustigé l'indécence du propriétaire d'Uralkali, "plus gros contribuable de Suisse", et pourtant rechignant à assumer les conséquences humaines et financières de son incroyable incurie?

Or, voilà que le 5 octobre dernier, le Président russe Vladimir Poutine, lassé de constater que des milliers de personnes n'ont toujours pas été relocalisés convenablement depuis 2006, a ordonné l'ouverture d'une enquête à la loupe sur Uralkali, et demandé au Procureur Général "de vérifier que l'entreprise soit "en conformité avec la législation russe" sur l'exploitation des mines. Date d'échéance de l'enquête: 1er décembre. Un tel empressement ne peut dire qu'une seule chose selon l'ensemble des observateurs: une sévère reprise en main de l'entreprise est attendue, dont l'historique sera passé au peigne fin, et les coupables de mauvaise gestion promis à de lourdes sanctions. Voilà qui garantit bien des nuits d'insomnie à l'oligarque en disgrâce dans la solitude de son appartement monégasque à 400 millions d'euros.

 

07/07/2016

Rybolovlev et la mafia, des relations troubles

Bien que Dmitry Rybolovlev soit classé parmi les hommes les plus riches du monde par le magazine Forbes, peu de choses transparaissent sur son passé. Pourtant, l'homme a été mêlé à de nombreux scandales, dont un meurtre, et ses relations avec la mafia russe sont désormais avérées.

Une histoire ancienne

Les relations entre Dmitry Rybolovlev et la mafia russe remontent au début de sa carrière d'entrepreneur lorsque celui-ci a acquis les parts de la plus importante société d'engrais chimique russe, Uralkali. Plusieurs rumeurs indiquent que le futur milliardaire a utilisé à maintes reprises ses liens avec des criminels pour faire main basse sur les parts d'Uralkali et de plusieurs entreprises de la région de Perm. La rumeur se confirmera lorsque, quelques années plus tard, Rybolovlev rachète une partie de Neftekhimik. Le directeur de l'entreprise, Evgeny Panteleymonov, insiste auprès de l'oligarque pour qu'il rompe toute relation avec la mafia, ce qui lui coûtera la vie. Soupçonné d'assassinat, Rybolovlev est incarcéré plusieurs mois puis remis en liberté après l'intervention de ses associés criminels.

Zones diamantifères

En 2001, Dmitry Rybolovlev a conclu un accord avec le mafieux notoire Lev Levaev autour de gisements de diamants de la région de Perm. Les deux hommes revendiquaient chacun la propriété de plusieurs zones diamantifères qui devaient être proposées à la concurrence. Par un jeu de pouvoir et de relations, Levaev et Rybolovlev sont parvenus à s'approprier la totalité des licences d'exploitation des mines de diamants, éliminant sans gêne tout potentiel concurrent.

Mafia monégasque

Dès son arrivée sur Le Rocher, le milliardaire sans scrupule a commencé à se construire un réseau de relations utiles, parmi lesquelles Philippe Narmino, le controversé ministre de la justice monégasque impliqué dans plusieurs collusions et Michel Dotta, agent immobilier aux amis peu recommandables. Les trois hommes se rencontrent fréquemment au cours de réceptions auxquelles sont conviés plusieurs parrains de branches siciliennes et calabraises de la mafia, selon un rapport de police. En tout état de cause, Dmitry Rybolovlev ne peut garder le masque très longtemps !

20/06/2016

Le football européen, machine à blanchir l’argent de la mafia russe

A 13H45, en ce mardi 3 mai 2016, Alexander Tolstikov est encore un homme libre. Le Russe, propriétaire du club portugais de Leiria, fait même figure de sauveur providentiel pour cette ville de plus 100’000 habitants, située entre Lisbonne et Porto.

L’homme a en effet racheté l’Uniao Desportiva de Leiria en 2015, alors que la faillite guettait. Mieux encore, il a promis aux supporters la fin du purgatoire en troisième ligue portugaise et le retour à terme en Primera Liga.

Un partenaire stable

«Leiria a sa place dans l’élite, disait-il alors. Cela passe par une réorganisation et une professionnalisation des structures.» Pour cela, il faut de l’argent, beaucoup d’argent. Alexander Toltsikov en a, tout comme ses partenaires, des russes comme lui. Il l’a montré à plusieurs reprises en 2014. Alors que le club ne lui appartenait pas encore, il éponge plusieurs ardoises et investit dans des infrastructures.

Sans jamais briller au firmament européen, Leiria a connu des succès d’estime. Le club participe à la Coupe Europa, en 2004 et 2008. Il gagne également la défunte Coupe Intertoto en 2007. Lors de l’Euro 2004, son stade alors flambant neuf accueille les matches de la Croatie contre la France (2-2) et la Suisse (0-0). Enfin, un certain José Mourinho y fut entraîneur lors de la saison 2001–02. Ses succès sur le terrain lui ouvriront toutes grandes les portes de Porto une saison plus tard.

Alexander Tolstikov sait tout cela et, lorsqu’il propose une reprise du club, il est considéré comme un partenaire stable, favorablement connu. Personne alors ne s’inquiète de le voir constituer une société anonyme sportive (SAD) pour chapeauter le club. Personne non plus ne proteste lorsqu’il s’arroge 60% de la SAD Leiria via DS-Investment LLP, une société opaque basée à Londres. Personne, enfin, ne s’inquiète de la provenance des flux d’argent qui rejoignent le club. Au final, une situation fréquente dans ces situations, où des oligarques avec une immense fortune investissent dans les clubs du continent.

De belles promesses

C’est que le Russe sait faire rêver autant qu’il rassure. Toujours habillé de gris, dans des costumes sobres et bien coupés, il a le ton posé, retenu, presque timide, de ceux qui travaillent dans l’ombre sans afficher leur réussite. Mais ce qu’il dit enflamme les supporters: «Nous sommes tous dans le même bateau, grâce au soutien de Rui Lisboa, le président du club, et celui de la commune de Leiria, nous rejoindrons la Primera Liga et pour longtemps.»

Il met également en avant un développement du centre de formation et laisse entrevoir qu’à terme le groupe d’investisseurs qui le suit «pourrait racheter le Stade Dr. Magalhães Pessoa pour y créer des espaces commerciaux et un hôtel.»

Dans l’intervalle, il fait venir de Russie de jeunes footballeurs. Pour étoffer le contingent, dit-il. Car le président de Leiria possède une autre casquette, celle d’agent de joueurs. Via la société D-Sports (www.d-sports.ru), il gère la carrière de quatre-vingts footballeurs russes d’à peine 20 ans. En quelques mois, plusieurs russes rejoignent ainsi le club. Il explique alors sa stratégie dans une interview vidéo accordée au magazine sportif O Jogo

(http://www.ojogo.pt/Futebol/2a_liga/uniao_leiria/interior.aspx?content_id=5156563)

La prison

L’Uniao Desportiva de Leiria semble désormais pouvoir renouer avec le succès. Mais à 13h45, en ce mardi 3 mai 2016, les espoirs des «socios» du club vont s’évanouir brutalement. A cette heure-là, la Police judiciaire portugaise termine sa perquisition des locaux de la SAD Leiria, situés dans l’enceinte du stade Dr. Magalhães Pessoa. L’opération Matrioskas, du nom de ces poupées russes qui s’emboîtent les unes dans les autres, vient de débuter. Quelque 70 policiers sont mobilisés, avec le soutien d’Europol.

Vingt-deux perquisitions sont effectuées dans la région de Leiria, Lisbonne et Braga. Des clubs, des entreprises, des bureaux, des domiciles privés et un cabinet d’avocats sont visés. Quelques heures plus tard, Alexander Tolstikov est arrêté, en compagnie de son adjoint moldave, Sergiu Renita et du directeur financier de la SAD Leiria, Pedro Violante. Les chefs d’accusation ne laissent pas place au doute: blanchiment d’argent, fraude fiscale, faux dans les titres et association de malfaiteurs.

Au JO de Pékin

Dans le même temps, Europol relève le «démantèlement d’un groupe transnational de criminalité organisée principalement composé de citoyens russes s’adonnant au blanchiment d’argent via le secteur du football». A sa tête, le mystérieux Tolstikov.

Mystérieux, car l’homme s’est peu livré. Dans une courte interview accordée à l’hebdomadaire Expresso, il révèle qu’il est né en Moldavie et qu’il a été joueur professionnel pendant huit ans. Reconverti dans le management sportif, il fut, selon la presse russe, le premier à ouvrir une agence en Asie. Actif dans l’organisation des Jeux Olympiques de Pékin en 2008, il retourne en Russie pour présider le centre de formation du FC Krasnodar. Leiria l’aurait séduit pour «son stade aux normes européennes».

Offshores aux Seychelles

Mais pour Europol, la séduction était ailleurs. «Actif depuis 2008 au moins, ce réseau criminel fait probablement partie d’un groupe mafieux russe important, directement responsable du blanchiment de plusieurs millions d’euros dans plusieurs pays de l’Union européenne.»

Le mode opératoire des malfrats sonne étrangement aux oreilles de qui connaît l’histoire récente de Leiria: «Le groupe vise des clubs européens en détresse financière. Il les infiltre en leur présentant des bienfaiteurs leur accordant des dons ou des investissements.» Une fois la confiance gagnée, les clubs se voient proposer une offre de rachat au travers «d’hommes de paille dirigeant un réseau de sociétés opaques dont le rôle est de cacher leur propriétaire réel.» Un scénario qui se répète dans plusieurs ville Européennes, y compris avec des clubs associés à de prestigieuses municipalités.

Ainsi, la SAD Leira appartient à 40% au club lui-même et à 60% à DS-Investment LLP. Cette dernière, basée à Londres, a pour propriétaires deux autres sociétés: D-Sports Ltd et Legal Sport Ltd, toutes deux basées aux Seychelles et partageant la même adresse. Paradis fiscal connu, les Seychelles ne publient pas les noms des ayants droits économiques des sociétés qui y sont domiciliées. Pratique.

«On n’a rien vu!»

Une fois aux mains de la mafia russe, les clubs servent de lessiveuses à blanchir l’argent sale, «généralement en sur ou sous-estimant la valeur de joueurs sur le marché des transferts et en jouant sur des contrats de droits télévisés», indique encore Europol.

C’est pourquoi la police a également perquisitionné les clubs de Benfica, Sporting Lisbonne et Braga. Selon le Diário de Leiria, un journal local, les forces de l’ordre se sont fait remettre les contrats de trois joueurs russes, acquis par Leiria et qui ont finalement renforcé les équipes du Benfica ou du Sporting. Vitali Lystsov, 20 ans, Ivan Zlobin, 19 ans, (prêtés à Benfica) et Tomas Rukas, un défenseur central de 19 ans (prêté au Sporting Lisbonne).

Très attentif aux flux criminels transfrontaliers, Europol relève avoir détecté ces opérations frauduleuses «grâce au train de vie dispendieux des suspects». Ceux-ci étaient à l’origine de l’importation «de quantités importantes d’argent liquide depuis la Russie, via des courriers, en violation des lois européennes». 

Ces indices, qui ont alerté la police européenne, ont par contre tout à fait échappé aux dirigeants du club lui-même. Ainsi, Rui Lisboa, président du comité, affirme-t-il que «les Russes décidaient de tout dans l’opacité. Nous apprenions même l’engagement de certains joueurs par les médias.» Un tel aveuglement montre sans doute que la route vers la rédemption sera longue pour l’Uniao Desportiva de Leiria qui n’a plus de virginal que la couleur blanche immaculée de son maillot à domicile.

Des similitudes troublantes...

Alors que ces pratiques semblent assez répandues, la presse russe mentionne que d'autres oligarques Russes commencent à s'inquiéter, faisant des liens entre cette affaire et d'autres milliardaires propriétaires d'équipes de football. On pense bien sur à Roman Abramovitch, propriétaire de la célèbre équipe Anglaise de Chelsea ou à Dimitry Rybolovlev, qui avait racheté l'AS Monaco en 2011.

On comprend que Dimitry Rybolovlev s'inquiète. Plusieurs éléments de l'affaire font directement penser à ses affaires judiciaires, historiques ou actuelles. Historiques, car l'homme avait fait près d'un an de prison préventive en 1996 dans une affaire de meurtre et relations avec la mafia, une affaire en passe d'être ré-ouverte par la justice Russe. Ou actuelles, car l'homme s'y connait en montage de trusts et de structures offshore, ayant déjà utilisé ces mécanismes pour faire sortir sa fortune de Russie ou cacher des actifs à son ex-femme dans le cadre de leur divorce rocambolesque, souvent titré comme le plus cher de l'histoire. Plus récemment, on le retrouve mentionné plusieurs fois dans les Panama Papers, ce qui n'arrange rien à ce climat de suspicion croissante.

Alors, est-ce le début du grand coup de balai dans les clubs Européens ? Du côté des fans ou des autorités, on attend de voir. Les policiers d'Europol annoncent eux que cette arrestation n'est qu'un début....